Shalisa Hayes
JHGS 2018: « A Caux, j’ai beaucoup à apprendre des autres, et inversement »
Un entretien avec Shalisa Hayes
Dimanche, 8. juillet 2018

« A Caux, j’ai beaucoup à apprendre des autres, et inversement »

La gouvernance équitable pour la sécurité humaine 2018: Un entretien avec Shalisa Hayes

Il y a sept ans, Shalisa Hayes perdait son fils, Billy Ray. Alors que ce dernier passait une soirée entre ami-e-s dans une petite ville près de Seattle, des coups de feu sont échangés, et une balle le touche mortellement. Face à cette tragédie, Shalisa réagit et crée un centre communautaire dans son quartier, ainsi que l’association MOM (Mothers of Magnitude). En 2017, elle se rend à Caux pour la première fois. Cet été, elle était de retour pour participer à la conférence sur la Gouvernance équitable. Nous l’avons rencontrée par un matin brumeux dans le Salon de thé.

 

Shalisa, qu’est-ce que cela fait d’être de retour à Caux ?

C’est merveilleux ! J’étais impatience de revenir et de rencontrer tant de monde.

Votre propre histoire est incroyable : vous perdez votre fils dans des circonstances tragiques, puis vous décidez de créer un centre communautaire et « Mothers of Magnitude ». Mais au fait, comment avez-vous eu connaissance du Caux Forum ?

J’ai cru comprendre que quelqu’un, ici à Caux, avait lu mon histoire dans la newsletter « Giraffe Heroes ». J’ai été contactée et invitée à me rendre à Caux.

Comment s’est passée votre première visite à Caux, en 2017 ?

Cela s’est très bien passé. Il y avait là des personnes venues du monde entier. Le forum était très riche en informations, en témoignages… et j’ai pu créer des liens durables avec certain-e-s participant-e-s. J’ai vraiment apprécié d’être là et de pouvoir partager mon histoire.

Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir cette année ?

Deux choses. Je pense que j’ai énormément à apprendre des autres participant-e-s, et inversement. En tant qu’Afro-Américaine, j’ai appris que dans mon pays, certaines personnes ont tendance à faire fi de notre passé.

D’où vous vient cette volonté d’être au service de votre communauté ?

D’une manière ou d’une autre, j’ai toujours défendu les intérêts de ma communauté. J’ai toujours encadré des jeunes. D’abord à une petite échelle, mais la tragédie m’a fait passer à la vitesse supérieure. Un jour, mon fils aîné m’a demandé comment créer un centre communautaire. Je lui ai donné quelques idées et conseils, mais je travaillais alors dans le milieu des assurances et je n’avais aucune notion de construction, et donc, je ne savais pas comment faire. Malgré tout, il n’abandonnait pas l’idée de l’importance d’avoir un centre communautaire dans le quartier, un endroit sûr, où les jeunes pourraient se retrouver après l’école, ce qui n’existait pas chez nous. Six mois plus tard, il mourrait, victime de la violence armée. 

Quelles ont été les conséquences de cette tragédie ?

Pour une raison qui m’échappe, quelques jours après la mort de mon fils, j’avais ce « centre communautaire » en tête. Au cours de son enterrement, j’ai pris la parole et évoqué son projet. Deux jours plus tard, un groupe d’ami-e-s de mon fils organisait une opération « lavage de voitures » afin de récolter des fonds pour créer ce centre communautaire.

C’est cela qui m’a donné l’idée de créer la fondation Billy Ray, du nom de mon fils décédé. Pour concrétiser ce projet, nous l’avons défendu auprès du gouvernement, aussi bien au niveau local que fédéral. En fin de compte, nous avons reçu un grand soutien, mais également réalisé que nous avions besoin de 30 millions de dollars pour construire le bâtiment ! Je ne sais pas combien de voitures les ami-e-s de mon fils ont lavé, mais nous avons réuni cette somme !  

Avez-vous fait appel à des dons privés ?

Oui, parallèlement à notre lobbying auprès du gouvernement, nous avons cherché des financements privés. Et voilà où nous en sommes sept années plus tard : notre centre communautaire sera inauguré d’ici quelques mois ! Il a vu le jour en un temps record ! Apparemment il faut plutôt compter entre 10 et 15 ans pour recueillir les fonds nécessaires à la construction d’un tel centre communautaire.

Parlez-nous de votre second projet, Mothers of Magnitude.                                                                                                   

Au cours de mon engagement citoyen, j’ai commencé à être contactée par des mères qui avaient elles-aussi perdu un enfant. Certaines voulaient me témoigner leur sympathie, d’autres encore recherchaient une écoute et quelqu’un qui comprenait ce qu’elles vivaient. Avec l’aide de mon équipe, j’ai décidé d’organiser un dîner rassemblant des mères ayant perdu leur enfant. Ce qui devait rester une initiative ponctuelle a pris une tournure inattendue car de plus en plus de personnes me sollicitaient à ce sujet et souhaitaient qu’un nouveau dîner soit organisé. De plus en plus de mères me contactaient, et j’étais devenue leur pair, ou leur « coach dans le deuil », celle qu’elles pouvaient appeler au milieu de la nuit quand ça ne va pas, qu’elles pensaient à leur enfant... Aujourd’hui, nous sommes devenus un réseau de mères qui se soutiennent mutuellement d'ampleur nationale.

 

Par Félix Portier, Stagiaire de communication au Caux Forum 2018

 

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