Une soirée historique sur les excuses du Premier ministre australien aux Aborigènes
Jeudi, 12. juillet 2012

Kevin Rudd, l’ancien premier ministre australien, et deux représentants des aborigènes sont revenus, jeudi 12 juillet, sur les excuses publiques (vidéo en anglais) présentées en 2008 aux « générations volées »  page en anglais du gouvernement australien) d’enfants séparés de force de leurs familles. Cette soirée historique s’est déroulée dans le cadre du 5ème Forum de Caux pour la sécurité humaine.

John Bond, secrétaire du Comité pour la journée d’excuses nationales durant 10 ans, a joué le rôle de modérateur. Le public très nombreux a spontanément applaudi après la présentation de l’extrait du film sur les excuses publiques de Kevin Rudd, présentées au peuple aborigène lors de la première réunion du parlement en février 2008.

Selon Kevin Rudd, député, premier ministre australien entre 2007 et 2010 et ministre des affaires étrangères de 2010 à 2012, ce n’est pas lui ou ses excuses qu’il faut applaudir mais « le peuple autochtone australien ». « C’est leur force et leur dignité qu’il faut louer, eux qui ont gardé la foi durant toutes ces années ». « Quatre générations de responsables aborigènes se sont battues, déclare-t-il, alors que nous, les blancs, cela nous a pris plus de temps ».« Parfois, dans l’histoire d’un peuple ou d’une culture, la vérité n’est pas une mauvaise stratégie ». Kevin Rudd a fait référence aux autres processus de guérison des blessures de l’histoire dans lesquels Caux a été impliqué. « Tout est possible si l’on sait ce que l’on veut. Ce lieu est une source d’inspiration. Ne sous-estimez pas le pouvoir que vous avez en tant que membre de la société civile. Avec le temps, vous pouvez soulever des montagnes. »
L’ancien premier ministre a décrit les éléments qui sont, selon lui, cruciaux pour des excuses réussies. Le premier élément est la sincérité des excuses : « Les excuses doivent être sincères, les gens ne sont pas dupes. » Kevin Rudd a écrit lui-même son discours à la main après avoir écouté pendant trois heures le récit d’une dame agée appartenant à la génération volée. « Pour un responsable politique, il est difficile de se taire pendant trois heures et d’écouter quelqu’un d’autre ». Les excuses doivent également être « bien reçues ». « Il y a toujours un risque ». Ces deux premiers éléments sont indispensables pour que « les excuses puissent apporter un réel changement. » La politique est faite de procédures et de comités, il n’existe pas de ministère des sentiments humains. Pourtant, selon Kevin Rudd, cette dimension est cruciale et les excuses sont un sacrement laïc qui peut avoir un impact spirituel et émotionnel profond. Autre élément fondamental, les excuses doivent également être basées sur des faits et ce fut le cas puisque ces excuses sont basées sur un rapport scientifique du comité.

(Photo: Web graphic)
(Photo: Web graphic)
« La société civile a joué un rôle crucial durant les dix dernières années pour la préparation de ces excuses », déclare Kevin Rudd, avant de souligner que «les excuses n’ont de sens que si elles sont suivies de mesures concrètes ». Il a donc proposé un plan d’action, une stratégie de réduction des écarts au sein de la société, basée sur des mesures spécifiques et des échéances claires. « Ces efforts doivent être maintenus sur le long terme ». Le premier ministre doit maintenant rendre des comptes tous les ans au parlement pour mesurer les progrès effectués. « Il s’agit d’un effort national énorme, des milliards de dollars. Il faut joindre l’acte à la parole, les deux sont importants » a-t-il conclu.
Jackie Huggins, une porte-parole des aborigènes et Daryle Rigney, le Doyen de la stratégie et de l’engagement indigène à l’Université Flinders sont intervenus après Kevin Rudd. « J’ai été très heureuse de participer à ce processus mais je n’aurais jamais cru que cela aboutirait », déclare Jacky Huggins. L’acte de reconnaissance de justice et de guérison « était très important pour notre peuple, mais aussi pour tous les australiens ». « Il est difficile de revoir la vidéo des excuses, les émotions sont encore très fortes devant la beauté de ce geste». Ce que souhaite maintenant Jacky Huggins, c’est que son peuple atteigne la parité, connaisse de réels changements. Elle a terminé en se tournant vers Kevin Rudd : « Je vous remercie de nous avoir rendu notre dignité ».

Le Professeur Rigney a expliqué qu’il n’était a priori pas intéressé par le processus des excuses publiques et l’avait seulement regardé à la télévision parce qu’il devait rester chez lui pour garder sa plus jeune fille. Pourtant, l’événement l’a ému bien plus que ce qu’il pensait et il a pleuré devant la retransmission. « Cela m’a touché, je ne peux pas expliquer pourquoi ni comment. Ces mots d’excuses ont vraiment un sens profond ». « Il s’agit d’un engagement de ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs ». Cependant, il a ensuite demandé : « de quoi l’Australie doit-elle encore s’excuser auprès du peuple indigène ? La liste est probablement très longue ». Il a donc commencé sa propre liste par le droit à la terre, le droit à l’eau et le respect pour le patrimoine culturel aborigène.

John Bond, qui a été décoré de la Médaille de l’Ordre d’Australie pour son travail, a clôturé la soirée en remerciant le CAUX et Initiatives et Changement. Chaque année durant ce long processus, a-t-il déclaré, les responsables aborigènes ont trouvé à Caux une inspiration et un soutien dans leur combat. Les orateurs ont ensuite longuement discuté avec les participants et ils ont été interviewés tard dans la soirée par un journaliste de la radio publique suisse.

Traduction: Marion Bouvier

 

Ecouter le discours de Kevin Rudd et le discours de Jackie Huggins.

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