CDLS 2018, Caux Forum 2018
Dialogue de Caux sur la terre et la sécurité (CDLS) : rapport journalier
Caux Forum 2018
Samedi, 21. juillet 2018

Dialogue de Caux sur la terre et la sécurité (CDLS) : rapport journalier

Caux Forum 2018

Ce rapport résume le programme des quatre jours de présentations, panels de discussion et dialogues interactifs de CDLS 2018, intitulé « Paysages de paix : restaurer les terres pour résoudre les conflits ». Cet évènement a eu lieu du 17 au 21 juillet au Centre de conférences et de séminaires du Caux Palace, en Suisse.

Plus de 120 participant-e-s se sont rassemblé-e-s pour parler du rôle de la dégradation des terres dans les conflits et des moyens de rétablir la paix. L’événement a mis en évidence les défis liés à l’environnement et à la sécurité qui vont définir le monde dans les vingt prochaines années. Cette année, nous nous sommes tout spécialement penchés sur les mécanismes financiers utilisés dans la restauration des paysages et le rôle de la technologie blockchain dans le registre foncier et la supervision de la chaîne d’approvisionnement. 

 

 

1ère journée : La restauration des terres dans la résolution des conflits

Parmi les intervenant-e-s de la plénière d’ouverture, Irina Fedorenko, directrice du Dialogue de Caux sur la ta terre et la sécurité ; Barbara Hintermann, secrétaire générale de la Fondation CAUX-I&C ; Pradeep Monga, secrétaire exécutif adjoint de la CNULD ; Dennis Kucinich, ancien membre du congrès américain ; et Elizabeth Kucinich, de l’Institut Kucinich pour la sécurité humaine et écologique.

Irina Fedorenko a souligné le besoin d’envisager la dégradation des terres et le conflit comme deux problèmes interconnectés, et de se concentrer sur des solutions utilisant des projets de restauration environnementale pour promouvoir la confiance et la paix. La création et la promotion de métiers high-tech dans les domaines de l’agriculture et de la foresterie pour les jeunes permettraient d’accroître leur niveau d’éducation, de renforcer leurs capacités et, en fin de compte, de ralentir la migration.

Barbara Hintermann a déclaré que la pression croissante sur les ressources naturelles, parallèlement à l’augmentation de la demande pour les denrées alimentaires et la demande énergétique, reste le plus gros défi auquel l’humanité doit faire face et est une des causes à l’origine des conflits. D’ici 2050, environ 9 milliards de personnes auront besoin d’être nourris, mais nous perdons 12 millions d’hectares de terres cultivées chaque année. Cette tendance doit être inversée. Plus de 75% des individus affectés par la dégradation des terres vivent dans la pauvreté.

Pradeep Monga a donné une vue d’ensemble des défis sociaux associés à la restauration des terres et a souligné l’importance de la coopération transfrontalière. « Nous partageons tous la croyance que si nous donnons quelque chose à la terre, la terre nous donnera quelque chose en retour : elle nous nourrira, nous fournira un abri et favorisera notre bien-être, non seulement au niveau économique mais également au niveau social et écologique. » La dégradation des terres augmente les crises et menace le bien-être de l’humanité. Elle affecte plus de 3,2 milliards d’individus dans le monde et contribue également à la migration de masse. D’ici 2050, l’approvisionnement en nourriture devrait augmenter de 70% et l’approvisionnement en eau de 50%. Les petites exploitations ont un rôle essentiel à jouer.

Elizabeth Kucinich a appelé à changer de discours, à passer d’un discours de guerre et de conflit à un discours de paix et de partage d’idées. Les individus doivent comprendre les notions de complexité et de diversité, et penser d’un point de vue écologique. Le changement environnemental nécessite une approche holistique considérant les défis environnementaux comme des opportunités. Si nous investissons dans la restauration des terres et la séquestration du carbone, nous créerons richesse et abondance.

Dennis Kucinich a abordé les dangers de la polarisation entre les communautés, les États, les nations et les religions. Nous devons aligner notre vision basée sur la  science et les faits sur une vision intérieure qui nous permette d’imaginer une autre réalité et l’avenir que nous voulons. « Rien ne nous limite, sauf notre propre mode de pensée. Nous devrions nous poser le défi de devenir plus que ce que nous sommes, d’être meilleurs que ce que nous sommes, et de nous réconcilier avec le monde naturel. »

 

 

 

 

2ème journée : Écosystèmes et restauration des terres

Parmi les intervenant-e-s, Natalie Topa, coordinatrice régionale pour la résilience et la subsistance pour l’Afrique de l’Est et le Yémen au Conseil danois pour les réfugiés ; Ruchi Jain, fondatrice de Taru Organics ; Seth Itzkan, fondateur de Soil4Climate ; Dalmas Tiampati, leader du Centre maasaï pour le pastoralisme régénérateur ; Sai Kishore Nellore, directeur exécutif de VEDA Climate Change Solutions, Inde ; John D Liu, fondateur d’Ecosystem Restoration Camps ; Irina Fedorenko, co-fondatrice de BioCarbon Engineering ; Luca Montanarella de la Commission européenne ; Patrick Worms, conseiller principal en politiques scientifiques au Centre mondial de l’agroforesterie ; la lauréate du prix Rolex, Christine Keung ; Alan Laubsh, de Lykke ; et Bremley WB Lyngdoh, fondateur de WorldView Impact.  

La journée de l’environnement du Dialogue de Caux sur la terre et la sécurité nous a permis d’aborder les défis complexes auxquels fait face l’environnement naturel, et d’explorer le potentiel de la restauration des terres à plus grande échelle.

Les intervenant-e-s ont offert une vue d’ensemble des causes à l’origine de la dégradation des terres dans le monde. L’activité humaine a profondément changé la surface de la planète et ce, de manières très diverses, liées aux modes de subsistance et à l’alimentation des individus, ainsi qu’au changement climatique. La dégradation des terres affecte tous les pays, quels que soient leurs revenus et leur niveau de développement. Pour réussir à atteindre les objectifs de développement durable, il faut freiner et inverser la dégradation des terres. Les gouvernements nationaux, les institutions locales et les organisations internationales doivent collaborer étroitement pour y arriver.

Dans le passé, les gens pensaient que la désertification et la dégradation de l’environnement n’affectaient que certains pays et territoires. Il est maintenant clair que les questions environnementales n’ont pas de frontières et que la dégradation se produisant dans un lieu spécifique peut avoir un impact sur les conditions d’un autre pays. L’impact humain sur le monde naturel a été jusqu’à présent profondément négatif, mettant en danger les écosystèmes. Mais cela est-il inévitable ? Tous les systèmes naturels et sociaux sont interconnectés et si nous arrêtons de les séparer et adoptons un mode de pensée systémique, il est possible de renverser cette tendance négative.

Les intervenant-e-s ont ensuite présenté les diverses manières d’aborder la dégradation des terres, y compris les projets pratiques, les solutions techniques et les nouveaux mécanismes financiers. Les camps de restauration des écosystèmes permettent, par exemple, de planter de nouveaux arbres et de maintenir les paysages existants à faible coût, tout en améliorant les modes de subsistance en milieu rural. Des projets holistiques visent à promouvoir une sécurité alimentaire intégrée en remettant au goût du jour la nourriture traditionnelle, en soutenant les services de protection des écosystèmes, et en améliorant la résilience face au changement climatique, ainsi que l’agriculture.

BioCarbon Engineering utilise des drones pour restaurer les écosystèmes et planter des arbres dans des pays tels que le Myanmar, où un projet pour planter des arbres a été financé à l’aide de jetons blockchain à travers l’application Lykke Wallet, et où la Fondation Worldview International soutient les communautés locales grâce à la création d’emplois durables.

 

 

 

3ème journée : La consolidation des communautés  

Peter Rundell et Olivia Lazard d’Initiatives pour la terre, la vie et la paix ont inauguré la journée de la paix en déclarant qu’un manque de connaissances engendre des désastres et que l’inégalité au niveau mondial augmente régulièrement. Garantir un développement favorisant les communautés pauvres, soutenir les petits exploitants et offrir des emplois aux jeunes, voilà trois points essentiels pour assurer le succès des programmes internationaux de maintien de la paix.

Selon la fondatrice de 4GGL, Jin In, chaque année plus de filles sont tuées, victimes d’avortements ou négligées, que les garçons. Il y a 65 millions d’hommes et de garçons de plus que de femmes et de filles. Elle a souligné dans son discours passionné le besoin d’autonomiser les femmes, afin d’augmenter la capacité des femmes et des filles à faire des choix et à transformer ces choix en actions et en résultats. L’augmentation du niveau d’éducation des filles et l’autonomisation des femmes auront un impact sur tous les objectifs de développement durable, permettront de consolider la paix et auront un impact positif sur l’environnement.  

Lisa Yasko est la directrice exécutive de Witness, un spectacle dédié aux massacres de Babi Yar en Ukraine lors de la Seconde Guerre mondiale, où des dizaines de milliers de juifs furent tués. Sa présentation a emmené le public dans un voyage explorant la tragédie et le processus de guérison qui a maintenant lieu en Ukraine. Yevgeniia Kuleba a présenté l’ONG Garden-City, un projet qu’elle a conçu lors de la révolution de l’Euromaïdan en Ukraine en 2014 pour permettre aux communautés de restaurer leurs villes et espaces publics.

Pinaki Dasgupta, directeur régional de Green Faith, a présenté des initiatives religieuses visant à créer le changement, issues de l’Islam, de l’hindouisme, du sikhisme, du bouddhisme et de la chrétienté. Il a décrit la religion comme un outil universel permettant aux individus d’établir des connexions, et favorisant la guérison environnementale et sociale.

Sana Syed avait participé au Programme des leaders émergents du dialogue CDLS 2017. Elle a parlé de son projet visant à former des jeunes musulman-e-s de Chicago à devenir artisans.  

Ekaterina Zatuliveter, fondatrice d’Altourism, qui recrute des touristes pour aider à reconstruire des villages en Russie, a parlé de la manière dont on peut apprendre aux jeunes à faire revivre leurs traditions et à créer des communautés rurales actives.

Dans le dernier panel, Denise Lievesley, directrice de Green Templeton College, Oxford, s’est exprimée sur l’avenir de l’éducation et l’importance de soutenir les jeunes qui vont créer le monde de l’avenir.

Alan Channer a présenté le Dialogue sur la terre et la sécurité du Kenya et a discuté des défis auxquels font face les bâtisseurs et bâtisseuses de paix en abordant le conflit entre des groupes et au sein d’un groupe.

Marc Ian Barasch, co-fondateur de ReGen18, a présenté son livre, The compassionate life. Il a parlé de la manière dont la sécheresse et la désertification ont forcé les bergers du nord du Nigéria à se déplacer plus au sud pour faire paître leurs troupeaux, créant un conflit avec les agriculteurs qui luttaient pour protéger leurs cultures.

 

 

 
 

4ème journée : La finance durable et la nouvelle économie de restauration

La journée du financement était présidée par Rishabh Khanna d’I&C Suède et leader du projet Invest in Peace, et Elizabeth Kucinich de l’Institut Kucinich pour la sécurité humaine et écologique. Les intervenant-e-s ont discuté des manières innovatrices de financer la restauration des paysages, ainsi que des nouveaux modèles économiques, de la finance durable, de l’économie régénératrice et de la technologie blockchain.

Parmi les membres du panel, des experts en économie régénératrice et technologie blockchain tels que Ash Domah de Tradom et Nhat Vuong de Water Inception, Christopher Lindstrom, co-fondateur du Catalyst Bioenergy Group, John Roulac de Nutiva, Tom Duncan de Regen Investment, Christian Shearer du Regen Network, Carl Pendragon de Skymining, Alan Laubsch de Lykke, David Sab de Symbol Network, John D Liu de l’Ecosystem Restoration Camp et Jamie Walton de la Welsh Circular Economy.

Les présentations ont mis en évidence la nécessité de soutenir la restauration des terres à travers le système monétaire. Une bonne gouvernance, la stabilité et la liquidité sont tous des éléments essentiels. Pour permettre la régénération des terres, il faut pouvoir employer les membres des communautés locales dans les projets de restauration, investir dans le financement initial, et soutenir le gouvernement local et les institutions financières. La technologie blockchain est un moyen de promouvoir la confiance dans le système économique.

La séance s’est centrée sur la transition entre un système de profit incitant à la dégradation des terres et un système incitant à la restauration des terres, en créant un retour sur investissement dans la restauration des terres et offrant de nouveaux modèles qui rassurent les investisseurs. John Roulac a souligné le lien entre la santé du sol et la santé des individus. Le coût de ne rien faire est bien plus élevé que celui de restaurer les terres dégradées, ce qui générera non seulement un retour sur investissement, mais aidera également à freiner le changement climatique, à fournir des revenus aux communautés locales, à réduire le nombre de réfugiés dû au climat et à contribuer au maintien de la paix.  

John D Lui a conclu la journée en énumérant quatre retours de la restauration des terres : l’inspiration, le capital social, le capital naturel et le capital financier.

 

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