CDLS 2018, Caux Forum 2018
CDLS 2018: Déclaration des Participants
Dialogue de Caux sur la terre et la sécurité 2018
Vendredi, 20. juillet 2018

Déclaration des Participants

Dialogue de Caux sur la terre et la sécurité (CDLS) 2018

Nous, Participants à l’édition 2018 du Dialogue de Caux sur la Terre et la Sécurité, composés de hauts fonctionnaires, de parlementaires, de responsables d’organisations internationales, de la finance, d’entreprises, d’ONG et de médias provenant d'Afrique, d'Asie, d'Europe et des Amériques, nous sommes rencontrés du 17 au 21 juillet au centre de conférence de Caux, et avons solennellement approuvé la présente déclaration.

Conscients que la restauration des terres est un facteur clé de la sécurité de l’accès à l’alimentation, à l’eau et à l’énergie, ainsi que de la résilience au changement climatique et de son atténuation, nous reconnaissons qu’il est nécessaire et urgent de multiplier et de porter à grande échelle les solutions qui prennent en compte la gestion durable des terres pour parvenir à la neutralisation de la dégradation des terres (NDT) d’ici 2030.

Nous convenons qu'un cadre politique solide et des financements spécifiques sont nécessaires pour prévenir une dégradation accrue des terres et pour restaurer nos paysages agro-forestiers dégradés, et nous voyons l’urgence d'un changement de paradigme dans nos systèmes de gouvernance pour une évaluation et une prise en compte plus exhaustive et inclusive du capital naturel.

Nous en appelons au renforcement de cadres incitatifs dynamiques aux niveaux local, national et régional, et à l'intégration des approches relatives à la restauration des paysages agro-forestiers dans les stratégies nationales et régionales de développement afin de promouvoir la paix et la sécurité.

Au terme de nos discussions pour la mise en œuvre de ce qui précède au regard des points de vue de nos diverses organisations, domaines d’intervention et de compétence, nous proposons les recommandations et observations clés ci-après, structurées en trois grandes catégories :

 

Cadres politiques pour encourager la restauration des terres et éviter les incitations perverses

  1. Mettre en œuvre des politiques et des systèmes de gouvernance des terres qui assurent une sécurité foncière appropriée et qui garantissent les droits d'utilisation des terres aux communautés locales, y compris aux femmes et aux jeunes ;
  2. Cartographier l'état de dégradation et de vulnérabilité ainsi que le potentiel de restauration des terres aux niveaux local et des paysages agro-forestiers, en guise d’outil de prise de décision permettant d’assurer la transparence et la responsabilité des parties prenantes dans le processus au niveau des paysages ;
  3. Considérer les agriculteurs et les communautés locales comme des agents de transformation et apporter un appui politique de haut niveau à la restauration des paysages ;
  4. Éliminer les incitations perverses qui favorisent la dégradation, et concevoir des incitations positives qui récompensent l'adoption de pratiques de restauration des terres telles que l'agroforesterie et la régénération des écosystèmes ;
  5. Mettre à la disposition des femmes et des jeunes, des opportunités pour diversifier leurs moyens de subsistance à travers les organisations des communautés locales et de la société civile afin de contribuer à décourager la migration ; et,
  6. Promouvoir l'évaluation exhaustive, la valorisation et la comptabilisation du capital naturel aux niveaux national et de l'entreprise.

 

Des outils financiers et des mécanismes innovants disponibles comme incitations à la restauration des terres

  1. L’action la plus importante pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des écosystèmes terrestres consiste à porter à grande échelle le financement de la restauration des terres au niveau mondial. La restauration des terres et des écosystèmes peut contribuer à au moins un tiers des actions nécessaires d'atténuation pour contenir la hausse des températures en dessous de l’objectif internationalement retenu des 2 degrés Celsius ;
  2. La restauration des terres, la préservation de la biodiversité, les initiatives en relation avec le changement climatique et l'agenda de paix doivent converger car, des approches intégrées offrant de multiples avantages tels que l'agroforesterie et l'agriculture régénérative, ont plus de chances de réussir, offrant un bien meilleur retour sur investissement, et peuvent plus facilement tirer parti du financement public-privé. La coopération entre les trois conventions de Rio est essentielle pour des approches holistiques ;
  3. La totalité des fonds nécessaires pour lutter contre la dégradation des terres et le changement climatique dépasse largement les flux financiers actuels. Des investissements supplémentaires dans la restauration des terres sont d'une importance cruciale car un quart de la superficie mondiale a été dégradée au cours du dernier demi-siècle, avec des impacts allant du changement climatique exacerbé à la dégradation des conditions de vie en particulier pour les plus vulnérables et les plus pauvres. Le coût social total de la dégradation est extraordinairement élevé, avec des estimations allant jusqu'à 6 trillions de dollars par an, soit 8% du PIB mondial ;
  4. Le financement public seul n'est pas suffisant pour répondre aux besoins actuels. 95% de la finance climat est consacré à l’atténuation, dont 80% provient du secteur privé, alors que seulement 5% des financements climatiques va à des initiatives d'adaptation. Il est nécessaire d'augmenter le financement du secteur privé pour la restauration des terres et l'adaptation;
  5. Le financement concessionnel public a un rôle clé à jouer dans la mobilisation du financement privé. Les fonds mondiaux tels que le FEM, le Fonds Vert et le LDN Fund (ou Fonds NDT), ainsi que les institutions bilatérales et multilatérales et les finances publiques nationales, doivent être déployés de manière stratégique pour mobiliser, dé-risquer et attirer les investisseurs privés et les investisseurs d'impact, y compris à travers des montages financiers mixtes (publiques-privées) ;
  6. Les mécanismes axés sur les résultats (tels que le paiement des services écosystémiques et les mécanismes pour les bénéfices de l'adaptation) peuvent encourager à grande échelle les investissements du secteur privé dans les efforts de restauration des terres et des écosystèmes, et faciliter des flux financiers décentralisés ;
  7. Les technologies financières et de monitoring innovantes telles que l'intelligence artificielle et les registres distribués (les blockchains par exemple,) ont un énorme potentiel pour débloquer des financements privés, faciliter les investissements d'impact et encourager la participation des agriculteurs aux projets de restauration des terres en apportant des mécanismes sécurisés de responsabilité et de redevabilité dans le cadre de transactions multi-acteurs complexes ;
  8. Une responsabilisation et une transparence accrues sont nécessaires dans l'utilisation des technologies émergentes telles que les blockchains pour les projets de restauration des terres et d'adaptation, par le biais de normes/standards, de système de tracking, de monitoring et la vérification des résultats ;
  9. L'engagement et l'autonomisation des principales parties prenantes, y compris les communautés affectées et les acteurs de la société civile (qui soutiennent le lien vital entre l'impact, le financement et l'innovation), sont essentiels ; et
  10. Nous devons nous assurer que les instruments financiers nouveaux et innovants axés sur la restauration des terres et les solutions d'adaptation et de résilience au changement climatique sont explorés en mettant l'accent sur la responsabilité, l'évolutivité et la décentralisation, et que les conventions des Nations Unies sur la désertification (UNCCD), les changements climatiques (UNFCCC) et la biodiversité (CDB) sont encouragées à utiliser leur Conférences des Parties (COPs) comme forums pour promouvoir la restauration des terres.

 

L'impact de la restauration des terres sur la migration et les conflits

  1. La migration est un phénomène mondial majeur dans les régions et les nations, et au sein des nations, qui doit être géré en priorité ;
  2. La dégradation des terres réduit les moyens de subsistance, ce qui entraîne des conflits et des migrations, tandis que la gestion durable des terres, y compris la restauration des paysages dégradés, peut atténuer les tensions qui alimentent les conflits et les migrations ;
  3. Une solution majeure consiste à s'attaquer à la dégradation des écosystèmes en tant que facteur qui pousse à la migration, en donnant la priorité à la restauration des terres à travers la région du Sahel ainsi que dans d'autres points chauds du globe. Le coût financier, humain et politique du maintien des moyens de subsistance de ceux qui peuvent émigrer est bien inférieur à celui d'une migration de masse mal gérée ;
  4. L'autonomisation des femmes et l'éducation des jeunes sont des clés de succès sur le terrain. La création d’emplois, de moyens de subsistance et de chaînes de valeur pour la génération de revenus dans le contexte de la gestion durable de paysages agro-forestiers joueront également un rôle majeur dans l'atténuation des facteurs de migration induits par la dégradation de l’environnement ;
  5. La restauration des terres peut favoriser une collaboration étroite entre les diverses parties prenantes et soutenir la prospérité partagée, y compris dans les zones sortant d'un conflit, pour soutenir la guérison des terres ainsi que celle des communautés locales ;
  6. Il est nécessaire de rechercher des preuves supplémentaires pour comprendre le lien entre la dégradation des terres, les conflits et les migrations, ainsi que d'envisager des options stratégiques intelligentes pour réduire les conflits grâce à la restauration des terres ;
  7. Sur la base des efforts en cours, il est urgent d'entreprendre des recherches approfondies par les agences internationales / nationales et les institutions partenaires sur les avantages et bénéfices humains et sociétaux que peut procurer la restauration des terres.

 

Ensemble avec nos partenaires, nous nous engageons à mettre en œuvre ces recommandations dans toute la mesure de nos possibilités.

Nous appelons les dirigeants, les experts et les principales parties prenantes à tous les niveaux à se joindre à nous dans cette entreprise.

Collectivement, nous nous efforçons de construire de nouveaux partenariats pour soutenir les approches décrites ci-dessus.

 

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